Francoise Chaput
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L'ÉTUDE ARCHEOZOOLOGIQUE


Comment se déroule une étude archéozoologique ?

Le déroulement d'une étude archéozoologique procède toujours en deux grandes étapes qui concernent, pour la première, l'observation adéquate des ossements retrouvés, et pour la deuxième, l'interprétation des données obtenues.

Les ossements en provenance de fouilles archéologiques vont être traités par l'archéozoologue de manière à obtenir le plus d'informations possibles. Ils seront d'abord examinés par niveaux ou couches archéologiques, et/ou par structures archéologiques (dépotoirs, fosses, foyers...). A cette  étape, une bonne communication avec les fouilleurs et responsables du site est indispensable. Il m'est malheureusement arrivé de recevoir des ossements à étudier sans aucune information suplémentaire. Or, un os sorti de son contexte ne permet aucune conclusion. Une liste de faune n'est pas parlante, même si elle peut suffir à certains. 

Le premier travail du spécialiste est la détermination des restes osseux. C'est un travail long qui demande de solides connaissances en anatomie comparée. Les ossements nous renseignent souvent sur l'âge des animaux et leur sexe. Ils portent aussi quelques fois les stigmates des maladies et peuvent présenter des traces dues aux êtres humains ou des traces naturelles. Lorsque toutes ces informations sont obtenues, les ossements sont pesés et mesurés. 


Si l'on présente au spécialiste un fragment osseux tel que celui de la photo ci-contre, il pourra tout de suite vous dire qu'il s'agit d'un fémur de boeuf; que l'animal auquel il appartenait était jeune (entre 7 et 10 mois) au moment de sa mort, que l'animal a été découpé avec un outil tranchant et que ses restes ont été jetés aux chiens.


La détermination des ossements

L'anatomie comparée constitue le fondement du travail de l'archéozoologue. Il va falloir rapporter chaque esquille osseuse à un ossement lui-même rapporté à une espèce précise. Cette étape, primordiale, est difficile car les ossements qui proviennent de fouilles archéologiques sont souvent retrouvés à l'état d'esquilles plus ou moins grandes. Mais il est important pour le fouilleur de récolter tous les fragments osseux, absolument tous.



Exemple de fragmentation des ossements en provenance d'un site néolithique.

Il existe de nombreuses et excellentes publications d'anatomie comparée, mais elles ne pourront jamais remplacer une bonne collection de comparaison. Celle-ci est d'autant plus riche si elle contient, outre des spécimens récents, des spécimens de l'époque étudiée.

Une fois le travail de détermination anatomique effectué, les ossements sont latéralisés, c'est-à-dire rapportés dans leur position anatomique droite ou gauche. Ceci est important pour estimer le Nombre d'Individus présents au départ sur le site. Ainsi, si un site nous a fourni 10 humérus droits d'une espèce donnée, et seulement 5 gauches, nous savons qu'il y a eu un minimum de 10 animaux de cette espèce présente sur le site.

Estimation de l'âge des animaux

L'étude de l'âge des animaux au moment de leur mort est fondamentale car elle nous permet d'avoir des informations sur la gestion des troupeaux, la saison de chasse, la période d'occupation d'un site etc. Si les animaux ont été abattus trop tôt, cela peut signifier que l'élevage était en difficulté.

L'étude de l'âge des animaux au moment de leur mort est fondamentale car elle nous permet d'avoir des informations sur la gestion des troupeaux, la saison de chasse, la période d'occupation d'un site etc. Si les animaux ont été abattus trop tôt, cela peut signifier que l'élevage était en difficulté.

L'âge des animaux peut être défini par rapport au degré d'épiphysation des ossements. Nous connaissons, pour une espèce (domestique) donnée, l'âge de soudure des différents éléments du squelette avec une relative précision. Par exemple, chez le porc, l'extrémité distale de l'humérus est l'une des premières à se souder au reste de la diaphyse, vers l'âge de 12 mois. Mais si ces stades de fusion sont relativement bien connus pour les animaux domestiques, ils restent encore peu étudiés pour les animaux sauvages.

Toujours est-il qu'il est rarement possible de donner l'âge précis d'un animal à l'aide des ossements car l'âge squelettique n'est pas l'âge biologique.

L'âge des animaux peut également être estimé d'après le stade d'éruption des dents et leur degré d'abrasion. Cependant ces stades varient d'une espèce à l'autre, voire d'une race à une autre. De plus, l'abrasion des dents est toujours en étroite relation avec la nourriture que les animaux ont eu à leur disposition. Par exemple un boeuf en provenance d'une région semi-désertique présentera une abrasion dentaire beaucoup plus importante qu'un boeuf du même âge vivant dans une région de prairie humide.

La prudence est donc de mise.

Pour plus de simplicité et de véracité, la plupart des spécialistes regroupe les individus en classes d'âge (infantiles, juvéniles, subadultes, adultes, séniles..). La figure ci-dessous montre le regroupement en classe d'âge des boeufs d'un site néolithique d'après le degré d'épiphysation des ossements et d'après l'éruption des dents.


Les courbes montrent clairement que la plupart des animaux dépassait l'âge de deux ans. Ils ont été tués en grand nombre alors qu'ils avaient au moins 36 mois, à un âge où la quantité de viande par individu est la plus importante. Les rares animaux très âgés peuvent représenter des mâles reproducteurs. On peut supposer que quelques animaux ont été tués jeunes (moins de un an) pour parer le manque de nourriture en hiver.

Détermination du sexe

Seuls certains ossements peuvent nous permettre de distinguer le sexe de l'animal au premier abord. Cette détermination est toujours difficile, voire souvent impossible si la fragmentation des ossements est très poussée.

Certaines caractéristiques ne laissent planer aucun doute, notamment:

- les canines des Suidés (porcs et sangliers) sont très différentes dans leur forme selon le sexe. Celles de mâles forment de véritables défenses.

- chez les juments, la canine est souvent absente ou de dimension très réduite.

- les femelles des Cervidés sont dépourvues de ramures (sauf le renne, bien sûr); chez les Caprinés, la forme générale des cornes est typique d'un sexe. Celles des femelles sont en général plus minces et plus aplaties que celles des males.

- il existe un os pénien chez les Carnivores, Chiroptères et Pinnipèdes.

- le tarso-métatarse des Gallinacés possède un ergot (protubérance osseuse) chez le mâle.

- la forme générale du bassin des mammifères, et la morphologie du pubis en particulier, est assez différente entre mâles et femelles.

Des études plus détaillées des mensurations permettent également de répartir les sexes à l'intérieur d'une population, les mâles étant, en général, plus robustes que les femelles.

Etude des traces et des pathologies

Chaque fragment osseux va faire l'objet d'un examen approfondi dans le but de découvrir les traces qu'ont laissées les activités humaines ou les animaux (morsures...) et les marques dites «naturelles».

Traces naturelles de vermiculation sur une canine de porc

Les traces naturelles sont, par exemple, les traces de vermiculation (dues aux racines des végétaux), les traces de roulement dues à l'eau, ou les marques d'éclatement dues à l'alternance du gel et du dégel.

L'examen de toutes les traces doit être minutieux car certaines ne se voient pas au premier abord. L'observation des traces "anthropiques" exige une certaine expérience. En effet, la découpe d'un animal par une personne expérimentée ne laisse pas obligatoirement des traces nettes sur tous les ossements.




Rhumatisme, coups, morsures dues aux chiens ou aux porcs...
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Traces de découpes faites à l'aide d'un obejt en silex sur des ossements de petits ruminants.

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Le poids des ossements

Le poids de chaque fragment osseux doit être enregistré car le poids d'un os est toujours lié au poids en viande d'un animal vivant. De plus, le poids moyen des fragments d'un site donné peut donner des indications quant au degré de fragmentation d'un assemblage. Il permet ainsi de relativiser le nombre de restes déterminés par rapport aux restes indéterminés.

L'utilisation des mesures

Les diverses mensurations ont été standardisées et codifiées depuis plusieurs années. On se réfère au manuel d'Angela von den Driesch, publié en 1976. A l'aide des mesures, on peut cerner les dimensions de l'os (longueur, largeur, épaisseur). Faites à l'aide d'un pied à coulisse, elles doivent absolument être reproductibles par d'autres spécialistes pour permettre des comparaisons entre sites. Ces dernières années, le développement de la morphométrie en trois dimensions permet de mettre en évidence, non seulement la taille de l'os (longueur, largeur, épaisseur), mais aussi sa forme. Les mesures ne sont plus linéaires, mais une multitude de points de repères autour de l'objet permet de cerner sa conformation. C'est très utile en archéozoologie puisque la taille est souvent liée à des facteurs environnementaux, alors que la conformation est liée à des facteurs génétiques.

Quelques ossements, s'ils sont complets, permettent de calculer la hauteur au garrot de certaines espèces. Il existe pour cela des coefficients établis par différents auteurs, comme les coefficients de Harcourt ou de Koudelka pour le chien.

Les mesures ne donnent pas seulement des informations sur la taille des animaux, elles sont indispensables pour séparer les animaux sauvages des animaux domestiques d'un site archéologique donné. Elles permettent également de mettre en évidence les animaux castrés. En effet, la castration modifie la croissance du squelette. Les épiphyses se soudent plus tard et les ossements sont plus longs que chez les animaux non castrés.

La figure suivante montre un bon exemple de l'utilisation des mesures. Quelques animaux sauvages ont été isolés des animaux domestiques seulement grâce aux mesures. En effet, la simple détermination visuelle ne permet souvent pas la séparation entre les individus sauvages et leurs congénères domestiques.

Dans cette figure, les loups d'un site néolithique ont été comparés aux mesures de chiens en provenance de plusieurs sites néolithiques de la même région. On peut voir que les plus petites valeurs de la longueur de la mandibule des loups (tout à droite) se démarque nettement de celles des plus gros chiens.

Une bonne utilisation des mesures permet d'isoler un ou plusieurs individus par rapport à un groupe. L'exemple suivant est caractéristique.

Un petit chat, plus petit que le chat sauvage européen, a souvent été signalé dans les couches du Pléistocène moyen et supérieur de France ou de Belgique. Les ossements retrouvés sont toujours peu nombreux et la détermination taxinomique est souvent mise en doute par les spécialistes. Certains prétendent que ce ne sont que des restes de chats domestiques égarés.

Dans le gisement de Vergisson, j'ai retrouvé des restes qui, au premier abord, avait la taille d'un petit chat. Les ossements retrouvés appartenaient à un ou plusieurs individus adultes dont la croissance était terminée. J'ai donc comparé les ossements avec plusieurs exemplaires de chat domestiques datés du moyen âge, les chats de cette époque étant bien plus petits que nos exemplaires actuels.

La figure suivante montre bien que l'exemplaire moustérien - en rouge - se démarque des autres individus sauvages - en jaune - et domestiques - en vert.

Mensurations de l'humérus de chats domestiques et sauvages. D'un point de vue strictement biométrique, le ou les exemplaires moustériens sont plus frêles que les exemplaires du moyen-âge et les exemplaires récents de chats sauvages; les proportions du squelette sont différentes.

Toutes ces informations que nous fournissent les ossements sont nécessaires pour passer à la seconde étape de l'étude: l'interprétation des résultats. Celle-ci va dépendre de la nature du site, de sa problématique, de l'historique des fouilles et de bien d'autres choses. Souvent longue, cette étape nécessite une bonne collaboration avec les responsables du site, mais aussi avec d'autres scientifiques comme les paléo-botanistes, les sédimentologues, géologues, dendrochronologues etc.